Une petite histoire
Le corbeau et la corneille font aujourd’hui partie du bestiaire des mal aimés mais cette mauvaise image est avant tout européenne.
Messager divin, oiseau de bon augure, il est, en Chine et au Japon, le symbole de la gratitude filiale et de l’amour familial. Toujours en Chine, on dit que c’est un corbeau rouge qui a apporté la lumière - et donc la vie - au monde.
Au Congo, il est l’oiseau qui prévient les hommes des dangers et les mayas le considéraient comme le messager du dieu du tonnerre et de la foudre.
Dans l’antiquité, les grecs louaient leur beauté et leur intelligence. Présent auprès des dieux, le corbeau est surtout l’attribut d’Apollon et même son oiseau préféré (la corneille pour Athéna). Apollon appréciait en lui sa clairvoyance et sa mémoire.
Chez les celtes, il guide l’âme du défunt vers l’autre monde. Il est proche des dieux et de bon conseil.
Odin lui-même était à l’écoute de deux corbeaux, Huginn (la pensée) et Muninn (la mémoire), qui parcouraient l’univers et le temps et lui rapportaient ce qu’ils avaient vu et entendu.
Tout comme les grecs, les romains admiraient sa mémoire, son intelligence et ses dons de prophétie. Pline l’ancien lui a consacré une bonne place dans son histoire naturelle.
Au haut moyen-âge, les chrétiens voyaient d’un mauvais œil les rites païens qui le vénéraient et un lent et long processus de dénigrement commença.
La société évolue et les scientifiques confirment aujourd’hui ce que les grecs et les romains constataient alors : Le corbeau est sans doute l’animal le plus intelligent de la planète.
Après l’ours et le loup, le corbeau va enfin retrouver une place positive dans les cœurs et les esprits des gens.

sources :
Michel Pastoureau  : Le corbeau, une histoire culturelle, éd. du Seuil 2021
Jean Chevalier et Alain Gheerbrant : Dictionnaire des symboles, éd. Robert Laffont / Jupiter, 1969 1982